Cabo Polonio, le village sans électricité

29 mai 2016

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En Uruguay chaque nouveau pas est une découverte, comme le pays n’est pas très connu, j’en sais encore moins que d’habitude. Entre deux conversations, on m’apprend qu’il y a un petit village isolé, au bord de mer, tellement isolé qu’il n’a même pas de courant. Intrigué, je prends immédiatement un billet pour Cabo Polonio. Pour ce faire il faut prendre un bus, jusqu’à là rien de spécial.
Sauf que le bus vous arrête à 7km du village, pas possible d’aller plus loin, maintenant il est nécessaire d’utiliser des véhicules tous terrains. Mais c’est bien organisé, un guichet vous attend, on vous donne les horaires, et c’est ici que vous achetez votre billet a/r pour le village tant désiré.
Et voilà les engins :

Et la route de sable

Enfin la plage…

…puis, l’arrivée.

Les décors sont …surprenants, oui on va dire ça, je traine mon sac au sol, la bouche béante. Fais un 360, juste pour être sûr.
Voici Cabo Polonio :

Ici cela ne rigole pas, les choses sont basiques, mais on ose quand même vous demander 20$ pour un dortoir. Alors je vadrouille, les pieds dans le sable, un peu perdu, car ici pas de rue, pas de panneau d’indication, tout est « aléatoire ».
Un vieil homme vient vers moi :
– « Tu as un logement ? »
– « Non, je cherche »
– « Viens chez moi, j’ai quelques lits »
– « Ok, je peux venir voir »
il me fait zigzaguer une centaine de mètres, là il pousse la porte à l’arrière de sa maison, une toute petit pièce nous fait face. Des lits en bois de palette se chevauchent, deux sont occupés, il n’en reste que deux de libres.
– « Combien pour cette merveille ? »
– « 15$ »
– « Ah ouais, tu rigoles pas toi » et sans broncher en plus
– « Ben, ici on demande 18/20$, alors 15, c’est moins cher »
– « Oui, c’est sûr… Que penses tu de 10$ ? »
– « Non l’ami, pas possible »
Il se passe la main derrière la nuque
– « Je te le laisse pour 12$, mais tu ne le dis pas autres »
– « Ok, va pour 12$ »
Pas vraiment sûr d’avoir fait une affaire (surtout que la porte ne se ferme pas…), mais j’aimais bien ce bonhomme, il était vrai, et entier, parfois (souvent) c’est tout ce qui compte.
Bon, il faut que je prenne du recule sur cet endroit, trop de monde, trop de couleurs, trop de bordel ! Mais où aller ?
Il y a un phare, parfait le phare, j’aurais une vue d’ensemble, de quoi voir les chose sous un autre angle.

Voilà le village, une suite de maisons branlantes et colorées. L’anarchie architectural.

« Isolation » murale en cartons de lait Tetra Brik

Derrière le phare, une colonie de lions de mer, j’irais les embêter un peu demain.

Bien que le village marche à la bougie, on peut bien voir qu’une ligne électrique se tend au dessus de nos têtes.
Je vais voir « mon » petit vieux :
– « Dites moi, ce n’est pas un câble électrique ça ? »
– « Ben si… »
– « ???………….mais alors vous avez le courant ou pas ?! »
– « Non, juste le phare »
– « De quoi ?! »
– « Les lignes là, c’est juste pour alimenter le phare »
– « Mais… Je ne comprends pas… Si on peut amener une ligne pour le phare, on peut amener une ligne pour les habitations, non ? »
– « Bien sûr ! Tu nous as prit pour un pays d’arriérés ? »
– « Mais noooon… Mais alors pourquoi ? »
– « Pourquoi, pourquoi ! Parce-que l’on n’en veut pas ! »
– « De quoi ? Du courant ? »
– « Oui. Ça vient avec le courant, puis l’eau, puis les routes, puis les trottoirs, les lampadaires, et en moins de temps que pour le dire, on se retrouve à Ibiza »
– « Vous voulez préserver les lieux »
– « Exactement, nous avons dit non à l'installation électrique, NOUS ! Personne d’autres »
– « Et vous, c’est qui ? »
– « Ben les habitants, les habitants à l’année »
– « Combien vous êtes ? »
– « Une centaine »
– « Seulement ?! Mais il y a des milliers de personnes là »
– « Des touristes ! Comme toi, ou bien des gars qui ont une auberge de jeunesse, un bar, un restaurant, des gars qui vivent de ce tourisme. C’est la pleine saison là, mais reviens en hiver, pas un chat. »
– « Mais ça vous plait ce monde ? Je veux dire, vous avez voulu préserver les lieux, et au final ça amène quand même du changement, pas le même certes, mais du changement quand même »
– « Il faut avouer… Que tout ce bruit, et ces fêtes me gonflent un peu, mais que veux tu ? De toutes façons je suis trop vieux, je ne vais pas me prendre la tête avec ça. Je profite de ce va-et-vient avec ma petite auberge, et attend patiemment que la saison passe. »
– « Je comprends »
– « Tu aimes les moules ? »
– « Pardon ?! »
– « Les moules ! Je viens d’aller en chercher, elles sont toutes fraiches, tu en veux ? »
– « Euh oui, pourquoi pas »
Et nous voilà tous les deux assis par terre, à décortiquer des mollusques, un quart sera mangé cru, là, sur place, l’autre cuites avec vin blanc et oignons.
L’avantage avec ce village, c’est que la nuit, par ciel dégagé, les étoiles se montrent généreuses.

Pourtant la nuit ne fut pas de tout repos… Des gars qui jouent de la guitare jusqu’à pas d’heure, des moustiques en renfort, et des « Boom » de la fiesta d’à côté qui ont fait de mes boules Quies, des boules inutiles. Comme quoi, même sans courant, on peut faire d’une place tranquille, un …enfer. Bon j'exagère, mais moi le bruit, l'alcool, et les hippies en général, ça me gonfle.
– « Tu vas rester longtemps ? » me demande le petit vieux de beau matin
– « Non, ce n’est pas mon truc ici »
– « Le bruit, c’est ça ? »
– « Oui, entre autres »
– « Je savais que tu ne resterais pas, tu n’es pas comme eux »
– « Je le prends comme un compliment »
– « Prends le comme tu veux, ce n’était pour te complimenter, juste pour te dire que je me sens plus proche de petit gars comme toi, que des autres oiseaux là bas… »
– « ok… Ben, merci ? »
– « Pfff…  Allez, va voir les phoques au lieu de dire des bêtises, eux ils sont d’ici »
Alors je m'exécute, et voici les clichés :

Sur cette photo on comprend bien d’où vient leur nom, Lion de mer.

Je dis au revoir à mon petit vieux, on a passé de longs moments à parler du village, mais aussi de son pays, et de la politique, une savoureuse rencontre. En revanche Cabo Polonio n’est définitivement pas pour moi, heureusement, les goûts et les couleurs sont très subjectifs, il en faut pour tout le monde, et beaucoup en passant ici, se trouve un nouveau paradis.
De retour sur le goudron, je pars découvrir, près de la frontière brésilienne, la Pointe du Diable ou en espagnol, Punta del Diablo.

 

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4 réponses à “Cabo Polonio, le village sans électricité”

  1. Charles Dit :

    je lisais ça ce matin : http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/31/vrai-les-gens-font-selfies-phoques-264196 et comme dès le début de l’article tu prévenais que tu allais voir des phoques, je m’attendais vraiment à ce genre de photos ahah :)

    Bonne continuation !

    Répondre

  2. marie Dit :

    Comme d’habitude, je trouve les photos superbes et même si tu dis ne pas avoir apprécié ce coin, ça donne quand même envie d’y aller!
    Je prends toujours beaucoup de plaisir à te lire même si je ne laisse pas de commentaire à chaque fois.

    A bientôt,
    marie
    PS:J’ai appris un truc pour le lion de mer!

    Répondre

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