Du Brésil à la Colombie par bateau

14 septembre 2017

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Il est tôt, très tôt, je me retrouve dans une camionnette, sans fenêtre avec 6 autres étrangers, mais nous n'allons pas dans la même direction.
4 descendent avant nous, « C'est par là ! » leur cri le chauffeur, ils prennent le bateau pour Belem, puis il referme la porte coulissante. Quelques minutes plus tard, c'est à nous, « Tout droit ! », ok merci.

Mon ticket en main, je le tends au contrôleur, enfin, j'espère que c'est lui… Il me cède le passage, et me demande de me présenter au bureau à l'intérieur du bateau, je m'exécute. À bord trois femmes assises côte à côte devant une planche en bois posée sur deux tréteaux, elles prennent bien leur temps, j'ai beau être le seul gus devant leur « bureau », elles continuent à leurs affaires, j'ai parfois des pouvoirs d'invisibilité.
– « Oui ? »
– « On m'a dit de me présenter ici »
– « Passeport et ticket »
– « Voici »
Elle note quelque chose sur son cahier, me demande de mettre un bracelet puis

– « Garde bien ce pass autour du poignet jusqu'à l'arrivée, tu peux t'installer entre ici et là-bas »
– « Euh, la durée du voyage ? »
– « Nous allons à contre courant, donc entre 5 et 7 jours »
Ah oui, c'est quand même une marge… Il y a déjà beaucoup de monde, je me glisse entre deux familles déjà installées, suis-je le seul étranger ? Non, un jeune couple allemand vient renforcer le groupe « Europe » de l'équipage, nous sommes maintenant trois… À la louche, 70 brésiliens, 50 colombiens, 30 péruviens, et le reste …non déterminé. Notre « groupe » attache ses hamacs côte à côte, histoire de pouvoir se surveiller les affaires, car ici, pas de chambre (enfin si, mais beaucoup plus cher), pas de casier, vos sacs dorment sous vos fesses, à seulement quelques centimètres oui, mais impossible d'y jeter un œil, la position dans le hamac ne le permet pas, en revanche, votre voisin, votre « équipier » lui peut les observer facilement.

Je laisse mes affaires sous bonne garde et vais faire un tour d'horizon, les cabines ont l'air sympa, toutes ont un petit balcon et la climatisation !

Mais pas pour toutes les bourses, d'ailleurs sur ce trajet, aucune n'était occupée. Six toilettes/douches, une salle à manger, où il faudra patiemment faire la queue pour recevoir son repas, des lavabos, et même …une église, je n'y ai jamais vu personne, en revanche côté bar, là ça se bousculait presque !

On m'avait prévenu « Moustiques et autres insectes par milliers ! », mais non, rien du tout. Il doit avoir des saisons, en revanche une chaleur étouffante, quand l'embarcation est en mouvement un petit air rafraichit nos corps trempés de sueur, mais dès qu'il s'arrête l'enfer nous montre un avant goût.
Nous avons trois repas (inclus) par jour, pour les obtenir il faut être patient, une longue file d'attente vous attend, et à chaque fois, qui plus est, une partie du bateau est prioritaire, je n'en fais pas partie. Mais alors qui ? Ceux qui ont leur propre vaisselle et couverts passent en premier, personne ne m'avait prévenu ! Alors oui, au début je me disais, pas besoin de rentrer dans la file, j'attends tranquillement sur le hamac que tout le monde passe, puis sereinement passe en cuisine une fois que tout l'équipage a mangé, mais que nenni, si vous attendez la fin, il ne reste plus rien ! Si, du riz …blanc et sec. En plus un végétalien à bord ils n'ont pas dû en voir beaucoup, je faisais faire le trie à la serveuse : « Non pas ça, ça non plus, juste ça là, et peu de ça mais sans ce truc là, merci » le vrai casse bonbons. Bien sûr j'avais emmené quelques provisions, mais elles ne suffiront pas. Le bateau s'arrête souvent, pour débarquer ou embarquer de la marchandise, cela peut durer 20 minutes, comme trois heures.
Vu la grande diversité des repas (sarcasme) j'aurais tué pour un fruit, un fruit frais, rien d'extraordinaire mais tellement rare à bord. Le bateau stop, comme d'habitude on ne sait pas pour combien de temps, mais cela fait déjà 3 jours que je rêve d'un fruit, il faut se bouger. Je signal à mes camarades que je vais sur la terre ferme, cela ne devrait pas être long, mais au cas où, vous savez.
Je passe entre les cordages, sur une minuscule passerelle de bois moisi, et voilà le village, oui, sauf qu'il n'y a rien, pas de boutique (même primaire), pas de signe de vie, ou presque, juste quelques habitations qui suivent la route. Droite ou gauche ? Allez c'est partie pour la droite, je marche vite, mais toujours rien à l'horizon, je trottine, rien, je commence à courir à plus vive allure, un croisement pointe le bout de son nez, à gauche des étalages, oui des fruits, victoire !
Je rempli deux sachets d'oranges, mandarines et mangues, puis retourne au bateau le sourire au lèvres. Encore faut-il y arriver, je suis à au moins 3, voire 4km de l'embarcation. J'accélère le pas, mais ma tête n'arrête pas : « Et si il était déjà reparti ? », « Qu'est-ce que je fais ? », « Au pire je paie un un gars pour qu'il conduise à lui, j'ai vu des petits bateaux à moteur le long du fleuve », je suis en sueur, mon t-shirt n'est plus que serpillière, j'ai le souffle court, mes sacs à bout de bras je me prépare au pire, « Je vais peut-être devoir dormir sur place, il est déjà tard », mais quelle merde. La route semble plus longue qu'à l'aller, je n'en vois pas le bout, puis presque surpris, voici le bateau,

il n'a pas bougé d’un cil, toujours un tas d'allers et retours, tout ce stress pour rien, comme quoi, « Penser présent  » est essentiel.


Une fois à bord j'attache fièrement mon butin au dessus du hamac, mission accompli.
Je n'aime pas le hamac, ça ma toujours gonflé. Pour une sieste ou se balancer les pieds en éventail, bien sûr, mais y dormir : PAS MON TRUC
Alors oui, on m'a dit de l'attacher plus en longueur afin de pouvoir s'y mettre de travers, ce qui donne une position presque horizontal au corps, et ben même avec ça je préfère le sol… Sauf qu'au sol ce n'est pas possible, ou on vous marche dessus, ou vous serez gentiment réveillé par du liquide (eau, essence, jus de tomate, vomi ? Etc.), pourtant par la force des choses, j'ai réussi à trouver quelques heures de sommeil, cela devait être suffisant, mais c'était sans compter sur les compétences zélées du capitaine. Notre bateau a de l'avance, oui 4 à 5h d'avance, génial hein ? Ben non, mais alors non, non et encore non ! Pourquoi ? Je vous explique.
On s'arrête souvent, mais ça vous le savez déjà, certains arrêts sont plus important, on y reste des heures pour débarquer des tonnes de marchandises, d'un ça fait un vacarme de dingue, deux le fait de s'arrêter élève sérieusement la température, mais encore une fois ça, vous le savez déjà. Ce que vous ne savez pas, c'est que ces arrêts, ces gros arrêts doivent se faire vers 6h du matin, au levé du jour, si le chauffeur est à l'heure. Quand on à la chance, que dis-je, la joie d'avoir de l'avance, cela commence plutôt entre 1 ou 2h du matin ! Impossible de dormir. Alors vous allez me dire « Mais Sandro, tu n'as rien faire toute la journée, bloqué à bord, tu n'as qu'à rattraper le sommeil » ben oui ! Mais non, car à partir de 7h voire un peu avant, les nains se lèvent. Comment ça « Quels nains ? » les nains ! Les enfants quoi, et se mettent à jouer comme ils peuvent, à courir entre les hamacs, faire rouler leur camion qui fait « Pin Pon », crier en cœur, parfois on dirait qu'ils prennent le relais, une cacophonie délicieuse, bref impossible de dormir le jour.
Pour une ou deux nuits ça va, mais 5 ou 6, mes neurones avaient disparu, je n'arrivais plus à réfléchir, un vrai zombie, en plus à part quelques dauphins roses, le paysage est plutôt monotone vue d'ici, pas de quoi secouer mon reste de cerveau. Il me tardait que ça finisse. Heureusement, les gens ont fait la différence, on a pu parler pendant des heures, avec des familles de tous les coins de l'Amérique du Sud, toutes avec des histoires les plus folles les unes que les autres, moi je me plains pour seulement quelques jours, mais eux c'est leur vie, c'est tout le temps, plusieurs fois par mois, dans un sens , puis dans l'autre, et sans aucune jérémiade.
Même si ce n'est pas quelque chose que je voudrais réitérer, c'était quand même une bonne expérience, vraiment aucun regret.

Sixième jour, 4h du matin, fin de la traversée. Le groupe « Europe » est seul sur le quai, sacs aux pieds, on attend, on attend patiemment les premiers rayons du soleil. N'oubliez pas que mon but est d'atteindre la Colombie, mais cela ne se fait pas par la rivière, en fait on nous laisse à Tabatinga Brésil, il reste à traverser la frontière à pieds, encore quelques centaines de mètres, un tampon de sortie, un d'entrée et me voilà de retour sur les terres colombiennes.

 

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2 réponses à “Du Brésil à la Colombie par bateau”

  1. cathy Dit :

    …apres tout oui, c’est aussi l’ experience qui compte..

    Répondre

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sSs lol l..l..l fFf TiM Oo HeArT DeaD AiE >< == =/ =) ;;;; ;-) ;) ;( :wink: :p :o :D :) :( .PP.