Expérimenter l’Ayahuasca

25 septembre 2017

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La frontière Tabatinga/Leticia ressemble à une frontière entre l'Inde et le Népal, tout le monde passe, ça va, ça vient sans aucun contrôle, alors oui la police est bien là, mais elle ne sert pas à grand chose… D'ailleurs ce n'est pas une région super « safe », on m'a bien prévenu :
– Ne sort pas la nuit
– Ne va pas de ce côté
– Ne prends pas ta camera hors de l'hôtel
– Ne porte pas de bijoux
– Ne prends pas trop d'argent avec toi
Etc, etc… ok, ok, mais l'avantage c'est que moi aussi je peux faire des va-et-vient, et ça m'arrange, l'açaí se trouve seulement du coté brésilien, vu que ce fruit vient de la région amazonienne, ici cela ne coûte rien, des femmes en vendent dans la rue, pour moins de 2Euros elles vous fournissent 1,5L de pur jus d'açaí, un rêve éveillé !


Mais niveau alimentation, en tous cas pour un végétalien, cela reste le seul point positif, les restaurants n'offrent que des menus « spécial carnivore », et niveau supermarché, c'est assez limité, alors on fait comme on peut avec ce qu'on a :


Avant de quitter cet endroit sans grands intérêts, je souhaitais essayer une curiosité, ça faisait un moment que j'en entendais parler, un breuvage tiré d'une plante ou plutôt une liane, une liane qui ne pousse que dans cette région. Ce liquide est apparemment utilisé par les chamans depuis des milliers d'années, son nom : Ayahuasca.


C'est devenu très « branché » chez les routards, tellement qu'au Pérou ils demandent 150 voir 200Euros pour assister à une « cérémonie », parce-quoi oui, cela se passe en cérémonie avec chaman, chants et tout le toutim.
L'Ayahuasca a des effets psychotropes et hallucinogène, on vous promet un voyage vers l'intérieur, qui vous liera avec la planète et tout ce qu'elle comprend de vivant, une nouvelle réalité, une vision nouvelle, un trip mémorable qui changera le reste de votre vie …vaste programme.
Mais moi à ce prix là, jamais de la vie !
J'en parle au gars qui tient mon hôtel, il me dit qu'ici ça se fait presque tous les jours, de petites cérémonies, mais pas de chaman, ici ce sont des messagers de …Jesus.
– « Bon mais moi je m'en tape de qui ou quoi, c'est cher ? »
– « Entre 5 et 10Euros »
– « Seulement ? »
– « Ben c'est déjà cher ici, ce n'est pas pour touriste, seul les locaux font ça »
– « Toi ? »
– « Noooon, non, non, pas moi »
– « Pourquoi pas ? »
– « Tu te sens mal quand tu bois ce truc, tu vomis, tu défèques, c'est terrible »
– « De quoi ?! Je pensais que c'était hallucinogène »
– « Oui, mais c'est aussi purgatif… »
– « Je peux essayer même si je ne suis pas d'ici ? »
– « Je ne sais pas, je peux te mettre en relation »
– « Oui, s'il te plait »
Cela s'est fait très rapidement, le soir même je partais pour cette fameuse cérémonie.
Il est plus de 21h00 et pourtant la chaleur est encore étouffante, on m'amène au fin fond de la ville, je me demande même dans quel pays nous sommes, avons nous traversé la frontière ? Je ne sais pas, on ne voit pas grand chose au fond d'un taxi rickshaw, ça défile à toute allure, et je ne m'en plains pas, à chaque arrêt je perds 1L de sueur…
Après vingts minutes de route chaotique, le taxi s'arrête devant une habitation grillagée, une demeure digne des plus grands films de trafic de drogue, tout y est : Le groupe de jeunes malfamés, le chien qui hurle attaché à une chaîne qui fini sur un piquet planté au sol, les fenêtre brisées, pas de lampadaire, juste une pauvre ampoule verte au dessus de la porte principale, scellée, il faut passer entre deux maisons pour atteindre une cours qui mène à l'entrée, hyper glauque.
Heureusement je ne suis pas seul, mon « contact » m'a accompagné pour me présenter, mais je n'en mène pas large. Il tape à la porte, elle s'ouvre doucement, puis s'arrête, un tiers de tête nous scrute de bas en haut, ils échangent quelques paroles, la porte s'ouvre complètement, je suis le bienvenu …ouf.
On me fait passer par la cuisine, enfin je crois, pour arriver dans une sorte de salle à trois mur, le quatrième ne monte qu'à moitié, il est rejoint par du grillage, derrière de gros chiens se chamaillent. Le long des murs, des chaises en plastique, pratiquement toutes occupées, à gauche une affiche nous prévient « Temple de Jésus », bon ben c'est officiel, je ne risque plus rien…


On me demande de m'asseoir, et dans un verre en plastique, on me verse un jus boueux gardé dans une vieille bouteille de coca 2L en plastique.


« Je t'en ai mit une bonne dose » me dit-il avec un large sourire, mais c'est qui lui au fait ? Puis il se met au milieu de la pièce, et nous demande de nous relaxer, que tout va bien aller, et …que les toilettes sont derrière cette porte. « Vous allez vomir, sans doute avoir de fortes diarrhées, mais c'est normal on est là pour vous purifier, et cela fait partie du processus » Alors là, je me chie dessus. Je ne suis pas venu pour déféquer bordel !
Un seul pauvre ventilateur au coin de la pièce, nous sommes au moins trente, cela ne suffit pas, je suis en nage.
« Buvez ! », on s'exécute. Tout le monde reste silencieux, sauf lui qui se met à chanter avec son éventail en peau de maïs. C'est vraiment pas bon, amer et fort, ça reste en bouche même après avoir avalé, une horreur.
Bien sûr je suis le seul étranger, donc je ne peux pas comparer avec un autre « gringo », mais mes camarades d'Ayahuasca se relaient pour visiter les toilettes, ils se tordent en deux, je voudrais couper le son, mais ça n'est pas possible, les bruits de dégobilles me tapent les tympans, on entend que ça, vous me direz, j'ai de la chance de ne pas entendre l'autre grande star de la soirée : La déferlante de diarrhées !
Mais moi, rien, mais alors rien de rien, même pas d'hallucinations… J'ai juste chaud, très chaud.
Puis le chaman (?) met la table au milieu, et nous invite à passer un par un, c'est mon tour :
– « Allonge toi »
– « Ok »
– « Tu as mal où ? »
– « Mal ?! Nulle part »
– « Non ? Tu n'as pas de maux à soigner ? »
– « Euh… non »
– « Même pas un petit maux de ventre ? »
– « Non rien, je suis en bonne santé »
– « Bon, tu sais tu peux tout me demander, pendant ma trans je ne suis plus cet homme, je suis un messager de Dieu »
– « ………………..  non mais c'est bon, j'ai rien à demander »
– « Bon, alors je te souhaite de merveilleux voyages et que tout ce passe pour le mieux »
– « Ok, c'est cool »
Puis je retourne à ma chaise. L'autre c'est carrément la voix de Dieu, et ben, si on m'avait dit, je me serais mieux habillé.
Tout le monde est passé maintenant, ils sont tous les yeux dans le vague, comme transcendés, mais moi toujours rien, si, j'ai chaud ! Je n'en peux plus ! Alors je m'allonge sur le sol, et ça fait du bien. La femme du « messager » se penche sur moi :
– « Ça va ? »
– « Ben oui »
– « T'es sûr »
– « Oui »
– « Tu ne veux pas qu'on appelle un médecin  ? »
– « Pourquoi faire ? »
– « Pour toi, tout allongé comme ça… »
– « Non, non, j'ai juste chaud »
– « Chaud ? »
– « Oui chaud, il fait une chaleur de fou, j'en peux plus »
– « Donc tu t'es allongé parce-que tu as chaud ? »
– « Ben oui »
– « C'est sûr ? »
– « Oui ! »
– « Ok, alors tout va bien »
Et ben, elle s'est sérieusement inquiété, cela s'est peut-être déjà fini à l'hôpital… Qui sait ?
Toujours allongé, je perds patience, alors décide de fermer les yeux en attendant que ça se finisse, et là, boum.
Des formes colorées apparaissent, je ré-ouvre les yeux, plus rien, je les referme, c'est reparti ! Une suite psychédélique, plein de couleurs, des ronds, des carrés, des spirales, oui, surtout des spirales multicolores qui se succèdent et s'entrecroisent, elles suivent un certain rythme, comme une danse parfaite, je suis devant un écran produit et dirigé par mon cerveau (et de la DMT*) j'hallucine vraiment, moi qui n'est jamais goûté aux « Champignons Magiques » j'imagine que c'est ce genre de vision que cela produit, cela m'amuse plus qu'autre chose, mais je suis bien, et prends du plaisir à admirer ce feu d'artifice cérébral.
Mais la fête est fini, tout le monde doit rentrer, alors je fais de même, mon taxi m'attend, sourire béant :
– « Alors ? »
– « Ben pas grand chose… »
– « T'as déféqué ? »
– « Non… »
– « Vomi ? »
– « Non plus… »
– « Ben ça alors… Rien de rien ? »
– « Nope »
Il avait l'air déçu. Moi aussi quelque part, je m'attendais à beaucoup plus. Avant de partir le « messager » me demande de revenir encore 2 fois, il faut 3 cérémonies pour être complètement ‘lavé'
Ouais, non c'est bon, ça ira, un tiers de lavé me suffiront.
De retour dans ma chambre, j'ai la tête dans une cloche, pourtant une nuit de sommeil suffira à tout faire disparaître, plus de spirales, plus de couleurs, plus rien.
Au final, cette expérience ne laisse pas plus de trace qu'un rêve, un morceau de vie que l'on ne comprend pas trop, sans queue ni tête, avec son lot d'inexplicables.

*DMT ou diméthyltryptamine est la substance psychotrope de l’Ayahuasca

 

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2 réponses à “Expérimenter l’Ayahuasca”

  1. cathy Dit :

    ;;;; trop fort j’ adore!!!
    je comprend que tu as voule serai partie en courant je croisu essaye..malgre les toilettes derriere le mur…

    Répondre

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sSs lol l..l..l fFf TiM Oo HeArT DeaD AiE >< == =/ =) ;;;; ;-) ;) ;( :wink: :p :o :D :) :( .PP.