Les Peaux-Rouges de Namibie

13 octobre 2018

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Après une bonne nuit sous la tente, nous reprenons la route vers le Nord (pour la dernière fois)

J’adore les aires de repos, une table et 4 tabourets en béton sous un arbre au milieu de nulle part, nous avons pratiquement prit tous nos déjeuners de road trip assis à l’ombre d’une de ces dizaines d’aires, quelle tranquillité.

Nous voici à Opuwo à seulement 150km de la frontière avec l’Angola, la petite ville a une certaine densité, par nos fenêtres nous observons un marre humaine déferler sur ce qui sert de trottoir, plusieurs tribus se croisent, leurs coiffures et tenues sont différentes, le mélange a beau être hétéroclite, tout fonctionne parfaitement, chacun a sa place. Nous nous sommes arrêté quelques minutes à l’office du tourisme (oui, il y en a un !) l’endroit est réputé, c’est ici que l’on peut observer la plus fameuse des tribus en Namibie. Un village himba de quelques maisonnettes est planté là, collé à l’office, un peu comme un cheveux sur la soupe :
– « Et ça c’est quoi ? »
– « Une famille himba »
– « Là ?! »
– « Oui, oui »
– « Non mais… Ils vivent là ? »
– « Oui »
– « C’est quand même bizarre un mini village himba aux porte de la ville, et comme par hasard à côté de l’office du tourisme, vous ne trouvez pas ? »
– « Non mais c’est pour que vous puissiez les voir »
– « -Vous- ? »
– « Oui -vous- les touristes »
– « Vous voulez dire que ce truc a été monté pour les touristes ?! »
– « Oui »
– « Avec des gens ?! Je veux dire des vrais personnes qui habitent là ?! »
– « Oui… »
– « Euh, ça ne vous fait pas penser un peu à un zoo ? Un zoo humain ? »
– « Ah c’est l’offre et la demande, certains passent très vite et veulent observer les himbas. Alors le gouvernement a fait ce petit village, mais ils sont payés vous savez »
– « Super, c’est vrai que ça change tout… Sinon, est-il possible d’aller dans un ‘vrai’ village ? Sans déranger, juste essayer d’échanger »
– « Oui, mais ils ne parlent pas anglais »
– « Peut-être pourrions-nous prendre un traducteur ou un guide ? »
– « Oui, nous faisons ça ici »
– « Très bien, comment cela se passe ? »
– « Le transport est à votre charge, pour le guide/traducteur nous demandons 25Euros, et pour le village un bon paquet de nourriture »
– « Ah ? On leur achète de la nourriture ? »
– « Oui, du riz, du café, de l’huile, la base. C’est une sorte d’échange »
– « Non mais j’aime bien ça, c’est ok pour nous. Mais vous nous amenez loin, dans un VRAI village, pas un truc monté de toutes pièces ! »
– « Oui, pas de problème, c’est votre voiture ? »
– « Euh oui… »
– « Wow, c’est rare les gens qui voyage dans le pays avec ce genre de petite voiture… On ne pourra pas aller trop loin, après il faut un tout-terrain »
– « Ok, le plus loin possible sans tout-terrain. On dit pour demain ? »
– « Oui, on ira faire les courses ensemble »
– « Parfait. Aussi nous recherchons un camping, pas trop cher, quelque chose de simple »
– « Euh… Ok… Vous voyez le petit mont là-bas ? »
– « Euh oui… »
– « Allez-y, vous y trouverez ce qu’il vous faut »
– « En haut de la montagne ?! »
– « Oui, oui, très belle place »
– « D’accord, comment fait-on pour s’y rendre ? »
– « Suivez la route principale jusqu’au carrefour, puis à droite. Avancez jusqu’au poste de police, puis à gauche, de la vous suivez la route jusqu’en haut, il y a un tas de virages, mais un seul chemin, pas possible de ce tromper : ça monte tout le temps ! »
– « Bon ben merci, et à demain ? »
– « Oui, à demain, ici vers 14h00 »
Nous laissons le village morbide derrière nous, et commençons l'ascension de cette « montagne », petite montagne. En effet le chemin est facile à trouver, tout en haut un grand batiment, il est entouré d’une cinquantaine de chalets, tout à l’air très luxueux, je ne suis pas sûr que cela soit dans notre budget.
L’endroit se nomme le Opuwo Country Hotel, une fois à l'intérieur, devant un comptoir pimpant je peux confirmer que ce lieu n’a rien de ‘routard’
– « Bonjour, on m’a dit que vous aviez un camping ? »
– « Oui, vous êtes combien ? »
– « Euh deux… Dans une petite tente, avec une petite voiture »
– « Très bien, cela vous fera 12Euros la nuit »
– « Ah ?! C’est très bien ça ! Par curiosité, combien pour une chambre ? »
– « Pour deux, 90 Euros »
– « Ah oui… c’est moins bien… Bon on va prendre la place de camping »
– « Parfait, voici votre emplacement, et bien sûr en tant que client, vous pouvez utiliser nos facilités »
– « Facilités ? »
– « Oui, le bar, le restaurant, la salle de massage, et la piscine »
– « Génial, merci ! »
Et nous voici perchés en haut de la montagne :

L’endroit est simple, mais il y a tout ce qu’il faut.

Puisque nous y avons droit, jetons un œil aux « facilités »

Piscine à débordement sur un décors presque désert, absolument magnifique …et improbable.

Comme toujours, pas de restaurant pour nous, c’est encore au supermarché que nous irons nous approvisionner.
Ce n’est pas rien d’attendre dans la file d’attente pour passer à la caisse, surtout derrière une himba…

Le lendemain après un bon déjeuner, nous retrouvons notre guide. Il embarque à l’arrière de notre bolide, et nous partons acheter se liste de nourriture, je tourne pour me garer au supermarché de la veille :
– « Non, non, pas celui-là ! »
– « Comment ça ? C’est tous les mêmes non ? »
– « Non, on va acheter en gros, c’est mieux d’aller dans un autre. Prends à droite »
Il m'emmène dans des petites ruelles, impossible de savoir qu’un supermarché existait dans un tel endroit, il est très bien caché, j’ai l’impression de rentrer dans un gros garage au niveau -1, peu de lumière, mais une fois que les yeux s’adaptent, des rayons biens garnis se révèlent, et d’après le guide, il y a tout ce qui faut.
– 2 sacs de 20Kg de farine de maïs
– 4 petits sacs de farine de blé
– 4 paquets de Café
–  1 sac de sucre
– 2 bouteilles d’huile
– 1 petit sac de sel
– 6 pains
Il y avait d’autres petites choses, mais je ne m’en rappel plus…
Une fois la voiture chargé nous partons loin de la ville, c’était que de la petite piste, environ une heure de route.
– « Tourne là »
– « Là ?! Mais il n’y a rien là ! »
– « Si, au bout il y a quelques villages himba »
– « Non, mais je veux dire qu’il n’y a plus de piste, je vais où ?! »
– « Vas doucement, entre les arbres, ça ira »
C’était la savane, des arbres un peu partout sur une terre aride et poussiéreuse, il y avait parfois des trous, des rochers, de grosses branches mortes, un vrai labyrinthe, un 4×4 aurait été plus sûr mais heureusement l’endroit est plat, et en allant doucement, nous n’avons pas eu de problème.
Nous avons passer 3, peut-être 4 petits regroupement de hutte, à un moment le guide demanda de nous arrêter :
– « Allons voir ici »
– « Mais… Il n’y a personne »
– « Si, il y a des habitants »
– « Oui mais… Je veux dire, ils ne sont pas beaucoup, peut-être 2 ou 3… »
– « Ils vont venir »
– « De où ? »
– « De partout, les himbas sont comme vous, curieux, beaucoup souhaitent vous voir de près »
– « Vous êtes sûr ? »
– « Rien n’est sûr en Afrique, mais j’en suis persuadé »
Chaque « lot » de huttes est entouré d’un cercle, une barrière faite de bois morts. D’après ce que j’ai compris, ces lots représente une famille, il y a donc plusieurs lots pas trop loin des uns des autres, chacun va et vient, voir l’autre, discuter, échanger, rire et pleurer.
Le guide va directement dans la seule cabane de bois, il va y retrouver la « cheffe », celle à qui on demande l’autorisation, celle qui décidera si oui ou non, nous pouvons passer quelques heures ici, avec elles, sa famille, et ses amis.

Elle accepte, elle n’a pas mit longtemps, j’imagine qu’il lui a promit un bon tas de nourriture en échange, mais c’est le jeu, et j’en savais les règles dès le début, même si loin d’être idéales, elles me convenaient.
Avec la patronne des lieux, deux autres himba lui font la conversation, j’essaie un échange de sourire avec elle, mais elle a une stature à préserver, enfin j’imagine, car en retour je n’ai le droit qu’à un rictus un peu forcé, heureusement ses accompagnatrices me comblent avec des visages de joie, laissant largement apparaitre leurs dents parfaitement blanches.
À peine quelques minutes que nous sommes là, 10 autre femmes rentrent dans la cabane…

…dehors une quinzaine, il avait raison !

Les plus âgées (20-30 ans) se partagent le petit intérieur, toutes tournées vers la cheffe (à gauche sur la photo ci-dessous)

Les plus jeunes restent dehors, et se regroupe autour de Julia

J’en profite alors pour faire un petit tour des lieu, appareil photo en main bien entendu

Les questions sont toujours de la part des himba, ce sont vraiment les plus curieux :
« Tu as des frères et sœurs ? »
« Tes parents ne sont pas tristes que tu ne vivent pas à côté d’eux ? »
« Tu as des chèvres ? »
« Quand tu prends l’avion, tu nous vois comme des fourmis ? »
Questions simples et logiques
Au début je pensais qu’il avait des garçon, comme sur cette photo ci-dessous

Mais non, c’est aussi une fille, leur coiffure est différente à cette âge, et elle ne porte pas encore la couleur rouge sur leur peau. Pas d’homme, ni de garçon à l’horizon, seul notre guide, un couple de passage habillé normalement (ils vivent en ville, et ont laissé la tradition de côté) et des bébés. Tous les autres, garçons et hommes, sont au travail, à la chasse, cueillette, et autre, nous n’en rencontrerons aucun.

Après les discutions, place au jeu :

La femme ci-dessous avait aussi une place importante, elle avait sa propre hutte et était très démonstratrice

Ici d’elle même, elle nous montre comment elle rajoute de la longueur à ses cheveux.
D’abord bien les séparer, puis dans la cendre. Ensuite ils seront attaché avec une sorte de boue.
Mais où est notre guide ?! Il s’est posé à l’aise sous un arbre…
– « Hey ! On a besoin de traduction là »
– « Mais vous voyez bien ce qu’elle fait là, pas besoin de traduire »
– « De quoi ?! Tu restes près de nous ! Je souhaite communiquer, pas assister à un spectacle ! »
Ce guide était vraiment médiocre, dès le départ il portait sur le visage ce regard blasé, comme une corvée obligatoire, j’ai très vite compris qu’il n’aimait pas son job.  Je ne lui en veux pas, je sais bien que d’avoir un boulot ici est déjà une chance, il est privilégié et il le sait, que ça lui plaise ou pas, il ne va pas lâcher son gagne pain, surtout à l’office du tourisme. Mais pour nous, c’est dommage, c’est le seul humain qui nous lie à eux, sa précision et son enthousiasme font le jour et la nuit, tant pis, on ne peux pas avoir toujours de bonnes rencontres.

– « Où est-ce qu’elle trouve ces rajouts ? »
– « Au supermarché »
– « Pour de bon ?! »
– « Oui, cela s'achète en ville, cela peut être des poils d’animaux, où plus cher, de vrai cheveux »

Elles portent toutes des colliers, et bracelets fait main. Elles en revendent souvent aux touristes, Julia en a eu un cadeau d’une des jeune fille.

Rien de mieux qu’une tige filetée pour remuer une bonne tambouille de… Ben de quoi en fait ? C’est jaune, un peu vert, presque fluo, le guide s’est une nouvelle fois fait la malle, je ne saurais jamais…

Ci-dessous un protège-animaux. Pour éviter de se faire bouffer poules et chèvres par les chacals (et autres), le soir elles les mettent à l'abri dans cette forteresse de boue durcie.

Elle sont joueuses, et la joie de vivre se fait largement ressentir

Plus tard, cette même himba me prendra par la main pour me présenter sa hutte.

Elle nous montre, toujours sans n’avoir rien demandé, comment elle créait cette couleur de peau.

D’abord il y a une roche rouge, que l’on trouve partout dans la région. En la frottant sur une pierre plate, elle obtient une poudre écarlate, puis elle le mélange à de l’huile de coco, ou une autre source de gras, ici par exemple, c’est une crème (fondue à la chaleur ambiante) pour le corps qu’elle a acheté au supermarché.

Et se l’étale comme ça, directement. Cela protège du soleil, garde la peau fraîche, et aussi je pense, un côté séduction (seules les femmes en portent)

Essai sur une brésilienne

Miracle, notre guide fait son apparition !
Elle lui parle pour qu’il me traduise :
– « Tu vas revenir ici ? »
– « Euh où ici ? En Namibie ? »
– « Oui, mais ici, ici »
– « Dans ton village ? »
– « Oui »
– « Euh, je ne sais pas, tu veux que je revienne ? »
– « Oui… »
– « Ok, peut-être qu’un jour je reviendrai »
– « Mais seul »
– « Comment ça seul ? »
– « Oui, revient seul. Sans femme »
Je suis un peu surpris par sa demande, mais son sourire en coin me rappel quelques articles que j’avais lu sur les himba, les femmes sont, selon les écrits, très entreprenantes et très ouvertes sexuellement
– « Si je reviens, c’est avec elle, désolé… »
– « Noooon… » soupire-t-elle en souriant

Dehors des curieux observent l'intérieur de la cabane de la cheffe

Oui, elles sont toujours en train de papoter

Certaines reprennent la route, il est temps de rentrer.

C’est maintenant à nous de partir, mais avant : distribution de nourriture

Toutes les plus jeunes viennent donner un coup de main

Après un court au revoir, nous laissons les huttes, et les himbas pour reprendre la route.
Le guide ramené à bon port, nous sommes à nouveau tous les deux, seulement tous les deux à bord, quelle journée !
Un petit détour pour observer un baobab :

Puis retour à l’hôtel au camping

Quel contraste… Confortablement installés à la piscine, Julia en pleine lecture sur sa liseuse électronique allongée sur un transat, et moi les pieds dans l’eau, une eau rare et javellisée au milieu d’un décors assoiffé, je pense à ce monde parfois incohérent, et souvent étonnant.
Suis-je chanceux ? Ai-je une bonne étoile ? Comme d’habitude, cela dépend de la perspective… En tous cas, et spécialement à ce moment là, je me suis senti très privilégié, peut-être trop même…

Cette rencontre avec les himba fût enrichissante, j’avais peur que cela fasse « décalé » voire déplacé, je ne voulais pas de rencontre forcée, du blanc qui vient parfaire son album photos, je souhaitais un véritable échange.
Bien sûr elles devaient y trouver leur compte, et nous ne sommes certainement pas les premiers touristes ayant frappé à leur porte, mais j’ai trouvé ça « naturel » au fond, plutôt simple et sincère, je suis peut-être naïf, mais j’ai perçu de vrais échanges, ce qui a entièrement comblé ma visite.

 

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2 réponses à “Les Peaux-Rouges de Namibie”

  1. pralinette Dit :

    Magnifique reportage! Entre les dialogues, les photos et le récit, tu nous fais voyager, comme toujours… Ces échanges avec les Himba devaient être très riches malgré le côté blasé du guide, en tout cas on le perçoit à travers les photos et leur regard lumineux.
    Et vous êtes trop mignons tous les deux^^

    Répondre

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