Recherche d’emploi à Edmonton

15 juin 2012

News

Nous voilà à Edmonton, il est tôt, et nous sommes un peu désappointés, le bus nous a laissé pratiquement sur l’autoroute… Allez, un peu de marche à pieds ne fait jamais de mal.


Sacs sur le dos, quelques provisions tenues à bout de bras et en avant, le but à atteindre est, comme souvent, l’hôtel, où des dortoirs de 8 lits nous attendent. À peine nos affaires posés on se met au boulot, recherche de job, et recherche de sous-location d’appartement. L’hôtel est plein, et 95% des clients sont ici pour la même chose, trouver du travail. Ce qui nous inquiètes un peu, c’est que certains sont là depuis deux, voire trois mois, juste là à attendre un coup de fil, LE coup de fil. Pourtant ce n’est pas le travail qui manque, des panneaux « Now Hiring » (Nous embauchons maintenant) tous les 5 mètres, et non, je n’exagère pas.


Mais ces offres ont des salaires « normaux », nous sommes tous là pour autre chose, quand je dis nous, c’est nous la gente masculine, on a tous dans l’espoir de travailler dans le pétrole, on rêve tous de devenir « roughneck » pour quelques mois.
Roughneck c’est le nom que l’on donne aux gars qui travaillent sur les puits à or noir, c’est eux qui font le sale boulot, qui s’en prennent plein la tête 12 h/jour, 7 jours/7, qu’il pleuve ou qu’il neige. Avoir un bon physique est important, mais un bon mental est essentiel. Alors oui c’est dur, mais ça paye (très) bien et quelle expérience. Cet hôtel est une mine d’ informations sur le sujet, chacun apporte sa brique au puzzle, tous on au moins une expérience d’entretient, ou un « ami » qui travaille dans le pétrole, on apprend aussi qu’au Canada il y a un système de « ticket », quel que soit le la branche dans laquelle vous voulez travailler, il faut un ticket correspondant, une sorte de mini cours (de 1 à 3 jours en général) suivit d’un test, qui vous coûtera plusieurs dizaines voir centaines de dollars, mais qui vous donne plus de chance d’être choisi.

Par exemple le ticket « First Aid » (Premiers soins), ou le WHIMIS « Workplace Hazardous Materials Information System » (Système d’information sur les matières dangereuses) ce dernier est pratiquement indispensable et pour n’importe quel corps de métier, c’est un cours sur les symboles de danger au Canada, en gros pour apprendre ce qu’ils signifient :

Mais pour travailler dans le pétrole il faut absolument passer le « H2S » un cours (à 150$) qui nous apprends comment reconnaître le sulfure d’hydrogène, comment réagir en cas de contamination et comment l’éviter, ce gaz est mortel, il suffit de le respirer 5 secondes pour avoir de possible séquelles, à vie. Autant dire un cours vital…

La ville dispose d’une agence gouvernementale (sorte de Pôle Emploi) qui aide les francophones à mieux se préparer pour trouver un emploi. Nous nous y présentons, sur place on m’annonce que je dois prendre rendez-vous pour voir un conseiller, mais qu’ils ne peuvent rien faire pour Hihi, elle n’est pas francophone… Elle doit se rendre dans une autre agence, réservée à tous ceux qui ne parle pas le français… Nous avons nos rendez-vous le même jour, j’en ressort avec un CV complètement réorganisé, façon « canadienne », mais surtout il m’a offert le H2S, gratuitement ! Et elle en ressort avec …rien.
– « Quoi, ils ne t’ont pas offert un ticket ? »
– « Non »
– « Mais le CV, ils te l’ont refait non ? »
– « Non, ils ont rien fait ! J’en savais plus qu’eux, il m’ont juste envoyé sur les ordinateurs de l’agence pour chercher les offres d’emploi. »
– « Mais ça on peut le faire de n’importe quel ordinateur connecté à internet… »
– « Oui… T’as de la chance d’être français… »
Ben sur ce coup là oui…

Le sésame en poche, je fais du porte à porte dans toutes les compagnies pétrolière de la région, en bus, ou à pieds, pendant près d’une semaine nous allons parcourir des dizaines de kilomètres par jour, chacun de notre côté.

Halloween !

La recherche de colocation est notre priorité, le dortoir nous coûte cher, puis la chambre de huit ça va un peu… Hihi va mettre exactement une semaine pour nous dégoter un petit appartement dans l’ouest de la ville, pour le prix d’une semaine d’hôtel nous avons un mois dans une colocation, avec parking chauffé et notre propre chambre !

Mais toujours pas de travail, Hihi ne reçoit aucune réponse et moi, les compagnies me demande de passer un tas de tests, physique, test d’alcoolémie, test anti-drogue, en me promettant la lune, mais la liste d’attente est longue et même si je suis « sûr » d’être prit un de ces jour, la patience n’a jamais été une de mes qualité… Alors en attendant, pourquoi pas faire autre chose ? Sur internet je sélectionne toute les annonces qui correspondent au salaire désiré, en général des boulots dans la construction, plutôt physique donc. Même si la liste est longue, quelque chose revient tout le temps : « À besoin de posséder son propre véhicule », Edmonton c’est grand, les distances sont énormes, alors avoir une voiture est essentiel. Pas facile de se décider, mais après tout, pourquoi pas faire une petit investissement ? J’achète donc un mini-van de 1995 pour la modique somme de …800$ ! Soit 600 Euros, c’est un Voyager de Plymouth (Chrysler) avec peu de kilométrage pour son âge, maintenant le problème c’est de trouver assurance qui veuille bien accepter un permis français… Au Quebec, il y a une sorte de contrat avec la France pour ce genre de chose, mais en Alberta, que dalle… Après plusieurs recherches sur internet, les forums sont tous unanimes, ici je suis considéré comme un nouveau conducteur, avec un permis étranger qui plus est, il faudra donc débourser au moins 5000$ ! Mais c’est que cela va me coûter cher cette histoire… Le tout pour le tout, je tente ma chance chez un « brocker », c’est une sorte d’agence qui trouve la meilleure assurance pour vous, et ils ont trouvé ! Bon quand même 1800$/an, mais comparé aux prédictions trouvées sur le net, il n’y a pas photo.

Le soir même, l’assurance en poche, je reviens sur les annonces sélectionnées 2 jours avant, et envoi CV à tour de bras par email en spécifiant que je suis l’heureux propriétaire d’un véhicule. Il est presque minuit, mais yeux tombent de sommeil, le dernier « Envoyer » vient d’être cliqué, enfin… À deux doigts d’éteindre l’ordinateur, je reçois un email :
– « Quand est-ce que tu peux commencer ? », alors je réponds en direct :
– « Demain si vous voulez »
– « Quel salaire tu recherches ? »
– « Ben vous annoncez entre 160 et 280$/jour, c’est dans mes attentes »
– « Tu as déjà fait de la coupe de béton ? »
– « Non… »
– « Tu est débrouillard ? »
– « En général, oui. »
– « Travailler 10h/jour, c’est ok pour toi ? »
– « Ce n’est pas un problème »
– « J’aime ton profil »
– « Merci, mais quoi exactement ? »
– « Tu es Européen comme moi, je suis Autrichien, et tu as fait partie d’un corps d’armée n’est-ce pas ? »
– « Oui, c’est sur mon CV »
– « Comme moi, très bien tu commences demain matin 7h00″
– « Pour de bon ? »
– « Oui »
– « Ok, mais où ? »
– « Retrouves moi devant l’université d’Alberta »
– « J’y serais »
– « À Demain »
– « À demain… »

Ben ça si je m’attendais ! Être recruté à minuit, sur internet, en moins de 5 minutes… Est-ce « l’effet voiture » ?

 

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14 réponses à “Recherche d’emploi à Edmonton”

  1. papa Dit :

    Il est vrai qu’au Canada les offres de jobs pullulent on en trouve à tous
    les coins de rue, sur beaucoup de vitrines et même parfois intégrées directement
    dans les enseignes commerciales, pour le salaire c’est une autre histoire il faut chercher
    un peu et on arrive à trouver des revenus corrects ceci étant je ne connaissais pas
    ce côté administratif lourd en démarchage et réglementations diverses.

    Vous avez eu de la chance de dénicher rapidement ce petit appartement
    pour enfin poser vos sacs et vivre normalement avec vos propres repères, habitudes et
    autres conforts personnels …C’est bien !!

    Trouver un boulot sur le net à minuit juste avant d’aller se coucher …C’est rarissime !!

    Nous , on va s’arrêter à ton RDV du matin à 7h et l’entretien avec le boss pour
    la suite je suppose qu’il nous faudra attendre le prochain épisode alors en attendant

    Je vous fais des gros bisous ……..à plus mes p’tits

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    • Sandro Dit :

      Oui mais les boulots dont tu parles sont payés au lance pierre ou presque…

      L’Alberta est un vrai paradis pour celui qui veut du travail (et seulement pour ça..), alors on en profite ;-)

      Bise !

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  2. Marjorie@Histoire à Vivre Dit :

    Génial ! ;(
    J’adore cette histoire !!!! C’est renversant ! ;;;;
    Comme quoi, avec de la volonté, de la persévérance, de l’instinct, on y arrive !
    Je suis toujours un peu perturbée par le décalage du blog, car ce que tu décris date de fin octobre je crois. Comment fais-tu pour te souvenir ? Tu as un journal de bord ?

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    • Sandro Dit :

      Comment je fais pour me souvenir ? C’était il y a juste quelque mois ! lol
      Je me rappelle encore de mes premiers jours de voyage, il y a six ans maintenant, alors là c’est pas trop difficile ;-)
      Non, pas de journal de bord, je m’y étais essayé la première année, ce n’est vraiment pas mon truc AiE

      A+

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  3. fabrice Dit :

    Etonnant! Comme quoi, cela semble vraiment facile de trouver du taff!

    Hum, une expérience dans l’armée, un plus dans le CV?

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  4. catherine Dit :

    He eh, pas si facile …..un peu comme ici pour travailler dans les mines…des tickets a volonte, du boulot a volonte…mais si facile dy entrer…

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  5. Yves Destination-Terre Dit :

    Dans les métiers de la construction, quand on possède des « cartes » de compétences comme on dit par ici, c’est relativement facile de se trouver un boulot payant. Et effectivement, comme le mentionne Papa, le côté administratif est parfois lourd… À bientôt!

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    • Sandro Dit :

      Au début c’est perturbant toute ces « cartes », on a vraiment l’impression qu’il faut payer pour pouvoir travailler… Mais si c’est la règle pour tout le monde, alors… On s’y fait.

      A+ Yves.

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      • Yves Destination-Terre Dit :

        Et l’avantage, du coup que tu as tes « cartes », c’est que tu peux travailler presque partout au Canada. Sauf peut-être au Québec où c’est la corruption qui régie les métiers de la construction… À titre d’exemple, à compétences égales, un québecois peut travailler partout au Canada, mais au Québec, un travailleur canadien ne peut pas… Enfin.

        Bonne chance pour la suite Sandro!

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  6. Lucie Dit :

    Assez surprenant comme méthode de recrutement, mais au moins tu as un boulot! Bravo!

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